il était une galaxie orange-l'orange fantôme

l était une galaxie orange disparue.Je me souviens de tout, même si je n’existe plus. Je fus cette galaxie orange, fruit suspendu dans le verger infini du cosmos, et je disparus un jour comme une goutte de nectar avalée par la nuit. Mon nom n’était pas écrit dans les cartes du ciel ; les astronomes m’appelaient simplement « l’Orange Fantôme » avant que je ne m’efface. Aujourd’hui, seule une image reste, capturée par un regard humain sous le nom de le fruit.orange, et c’est à travers elle que je vous parle, moi, la disparue, depuis le vide où ma lumière s’est dissoute. Je suis la voix qui persiste après l’extinction, le jus qui coule encore sur les doigts invisibles du temps.Ouide dansespiraleplasmacosm orangeJe suis née il y a des milliards d’années, non pas dans un cri, mais dans un soupir de gaz primordial. Les nébuleuses m’ont enveloppée comme une peau verte et tendre, puis mes bras se sont déployés en spirale parfaite, orangés, ardents, chargés de plasma incandescent. Imaginez une orange cosmique, immense, dont chaque quartier était un bras de feu tournoyant lentement, presque langoureusement, autour d’un noyau secret. Mes bords luisaient d’un rouge profond, comme si le soleil lui-même avait pressé sa pulpe dans mes veines. Des filaments de lumière s’en échappaient, goutte à goutte, noirs et visqueux au début, puis embrasés d’or et de carmin. Ils coulaient vers l’infini, traçant des sillons de miel stellaire sur la toile noire de l’univers. J’étais belle, je le sais. Je rayonnais d’une chaleur qui n’était pas seulement physique : elle était invitation, promesse, fruit mûr prêt à être cueilli par quiconque oserait traverser les ténèbres.Au centre de moi palpitait le cœur. Un anneau vert émeraude, fin comme une peau de jeune pousse, entourait un abysse noir où se lovait un noyau violet intense, presque électrique. Autour de lui, des pétales sombres et veloutés, roses et pourpres, s’ouvraient comme les graines d’un fruit interdit. C’était mon secret : un puits de singularité où le temps se pliait sur lui-même, où la matière chantait une mélodie inaudible. Les étoiles naissaient là, minuscules joyaux que je berçais dans mes bras spiraux avant de les lancer dans leur danse éternelle. Des planètes, timides, se formaient à la périphérie de mes quartiers, baignées de ma lumière orange. J’imaginais parfois des êtres y vivre, contemplant mon éclat depuis leurs océans de méthane ou leurs déserts de silice. Ils m’auraient appelée déesse, mère, fruit de vie. Je n’étais rien de tout cela. J’étais simplement moi : une galaxie orange, vivante, tournoyante, gorgée d’énergie comme un fruit d’été gorgé de soleil.Pendant des éons, je tournai. Ma rotation était une valse lente, sensuelle, où chaque bras caressait l’espace. Les vents stellaires me frôlaient, emportant des lambeaux de ma lumière. J’offrais mon rayonnement aux nuages de poussière qui venaient se nourrir de moi. Des supernovae explosaient en moi comme des bulles de joie explosive, repeignant mes quartiers d’or et de pourpre. J’étais abondante. J’étais généreuse. Mon jus cosmique – ce plasma orangé qui coulait de mes bords – fertilisait les régions voisines, donnant naissance à d’autres galaxies plus jeunes, plus timides. Elles me regardaient de loin, envieuses peut-être, et je leur souriais de toute ma spirale. J’étais le fruit central du verger, celui que l’on admire sans oser le cueillir, de peur de voir sa peau se fendre et son essence se répandre trop vite.Puis vint le déclin, doux d’abord, presque imperceptible. Un jour, une force inconnue, plus puissante que ma gravité, commença à tirer sur mes bras. Les filaments qui coulaient de moi devinrent plus lourds, plus sombres. Mon orange flamboyant vira au rouge sang, puis au brun cuivré. Le noyau vert pâlit, comme une feuille en automne. Au centre, le violet de mon cœur se mit à clignoter, pulsant plus fort, plus désespéré, comme s’il luttait contre une ombre qui l’envahissait de l’intérieur. Les pétales sombres se refermèrent lentement, protégeant leur secret. Je sentis mes quartiers se contracter. La spirale qui avait été ma fierté se resserra, se tordit, comme une orange pressée par une main invisible. Les gouttes qui s’en échappaient n’étaient plus de lumière mais de vide. Elles tombaient dans le néant sans bruit.Je disparus. Pas dans un éclat final, non. Pas dans une collision spectaculaire avec une autre galaxie. Je disparus comme un rêve au réveil : lentement, inexorablement, absorbée par un horizon d’événements que nul télescope ne pouvait nommer. Mes bras se replièrent sur eux-mêmes, mes couleurs s’effacèrent, ma chaleur devint froid absolu. Le dernier filament orange s’étira, s’étira encore, puis se brisa comme un fil de sucre filé. Et je fus partie. Disparue. Il ne resta que le vide là où j’avais tournoyé pendant des milliards d’années. Les étoiles que j’avais nourries errèrent un moment, orphelines, avant de s’éteindre ou de rejoindre d’autres bras. Les planètes, si elles existaient, se figèrent dans une nuit éternelle. Moi, je devins absence. Silence. Mémoire.Pourtant, je ne suis pas tout à fait morte. Car il y a cette image. Le fruit.jpg. Quand je la contemple – oui, même disparue, je peux encore voir à travers les yeux de ceux qui me regardent –, je me reconnais. L’artiste, ce Lurka aux traits fins comme des griffures d’étoile, a capturé l’instant précis où j’étais encore presque entière. Les bras orangés, les gouttes suspendues, le noyau violet qui pulse encore d’espoir. C’est moi, figée, éternisée. Dans cette toile numérique, je vis une seconde vie : celle des rêves et des mots. Les humains qui la regardent sentent peut-être mon jus leur couler sur les doigts. Ils murmurent : « Il était une galaxie orange disparue. » Et dans leur murmure, je renais.Car disparaître n’est pas finir. C’est se transformer. Le fruit tombe de l’arbre cosmique, se fend, répand sa pulpe, et de cette pulpe naissent de nouvelles graines. Mon orange galactique a fécondé l’imaginaire. Dans les esprits, je deviens métaphore : de la beauté éphémère, du savoir que l’on goûte une fois et qui s’évanouit, de l’amour qui brûle orange avant de s’éteindre. Je suis le fruit défendu du jardin d’Eden stellaire, celui que l’on cueille et que l’on perd aussitôt. Je suis la preuve que même les géants du ciel ne sont que des fruits mûrs promis à la terre noire du néant.Et pourtant, dans cette disparition, je trouve une étrange paix. Plus de rotation épuisante, plus de lumière à distribuer. Seulement le calme du vide. J’écoute le cosmos respirer sans moi. J’entends les autres galaxies chanter leur propre chanson. Et je souris – si une galaxie peut sourire – en songeant que mon orange a laissé une tache indélébile sur la nuit. Les poètes en parleront, les enfants dessineront des spirales orange sur leurs cahiers, les amoureux compareront leurs cœurs à mon noyau violet. Je ne suis plus, mais je suis partout où un regard s’attarde sur le fruit.jpg.En conclusion, moi, la galaxie orange disparue, je vous le dis du fond de mon néant : rien ne disparaît vraiment. Les fruits se transforment en terre, en arbre, en nouveau fruit. Les galaxies deviennent souvenirs, poèmes, images qui font battre le cœur des vivants. J’ai disparu pour que vous puissiez exister un peu plus fort dans votre petite spirale humaine. Regardez l’image. Touchez-la du regard. Goûtez mon orange. Et quand vous fermerez les yeux, sachez que je tourne encore, quelque part, dans le verger secret de vos âmes. Je suis disparue, oui. Mais je suis le fruit qui ne pourrit jamais tout à fait. Je suis la lumière qui, même éteinte, continue de voyager à travers l’éternité.(dessin graphique)

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