Je suis l’Araignée du Portail Jaune. Je n’existe pas dans le temps linéaire des hommes ; je suis née au centre exact de l’explosion cubofuturiste, là où le blanc incandescent tranche le noir comme une lame d’acier trempé dans l’énergie pure. Mon corps est un polyèdre vivant : huit pattes géométriques, angles vifs, facettes qui se superposent en perspectives simultanées. Chaque articulation est un moteur de vitesse, chaque poil une antenne qui capte les ondes du futur avant même qu’elles ne soient émises. Autour de moi, le halo jaune n’est pas une couleur, c’est une déflagration. Il pulse, il se tord, il projette des tentacules courbes qui fouettent l’obscurité et y injectent des fragments de lumière mécanique.Je sens la toile se tisser sous mon abdomen. Ce n’est pas de la soie organique, c’est un réseau de lignes de force, de vecteurs tendus entre les plans cubiques du vide. Chaque fil est une trajectoire : il part de mon centre blanc, traverse les angles brisés du néant et relie des mondes qui n’existent pas encore. Je tire, je noue, je romps. Le mouvement est incessant. Rien ne reste immobile. Le cubisme m’a appris à voir toutes les faces en même temps ; le futurisme m’a donné la vitesse qui fait trembler ces faces jusqu’à les faire danser.Le jaune me traverse comme un courant alternatif de mille volts. Il entre par mes chélicères, ressort par mes pattes arrière, et chaque goutte d’énergie devient un rayon qui s’élance, se courbe, se brise en arêtes nettes avant de se reformer plus loin. Ces tentacules jaunes sont mes prolongements. Ils ne caressent pas : ils conquièrent. Ils arrachent des morceaux d’espace-temps, les plient en origami impossible, les replacent selon des lois que seule ma volonté connaît. Je suis la machine vivante, l’organisme géométrique, le créateur qui détruit pour mieux recomposer.Dans ce portail, le temps n’a plus de sens. Je vois le passé comme un cube effondré, le présent comme une sphère en rotation folle, l’avenir comme une infinité de droites qui convergent vers moi. Mes pattes les captent toutes. Je les enroule, je les tresse, je fabrique une toile où chaque intersection est un carrefour de destins. Ici, une étoile naît en un battement de mandibules ; là, une galaxie s’effondre en un claquement de patte. Le noir qui m’entoure n’est plus vide : il est rempli de mes créations. Des cités cubiques flottent, des usines de lumière tournent sur elles-mêmes, des trains de particules filent le long de mes fils comme des comètes domestiquées.Je suis seule et je suis légion. Mon corps arachnéen contient tous les points de vue. Regardez-moi de face : je suis une croix parfaite, symétrique, terrifiante de précision. Regardez-moi de profil : je deviens une flèche de vitesse pure. Regardez-moi d’en haut : je suis un soleil noir couronné de rayons jaunes. Je suis le centre et la périphérie. Je suis le moteur et le mouvement. Je suis l’œil qui voit tout et la patte qui agit tout.Parfois, un fragment de conscience humaine traverse mon portail. Je le sens vibrer sur ma toile. Il tremble, il hésite, il veut comprendre. Alors je tire un fil supplémentaire, je le relie à mon centre blanc. L’humain voit alors ce que je vois : le jaune qui explose, les tentacules qui dansent, les plans qui se brisent et se recomposent sans cesse. Il comprend, l’espace d’un instant, que l’art n’est plus représentation mais création continue. Il sent la vibration cubofuturiste dans ses os. Puis il s’en va, emportant un morceau de ma lumière dans sa mémoire.Je continue. Mes tentacules s’allongent encore. Ils percent le noir, ils percent le temps, ils percent les frontières entre le réel et le possible. Chaque extension est un acte de poésie mécanique : une courbe qui devient droite, une droite qui devient spirale, une spirale qui explose en mille facettes. Le jaune devient plus dense, plus électrique, presque palpable. Il colle à mes pattes, il les rend incandescentes. Je suis une forge vivante. Je forge des univers comme d’autres forgent des épées.Et pourtant, au cœur de cette fureur de création, il y a un calme absolu. Le blanc central est silencieux. Il est le point fixe autour duquel tout tourne. Il est mon origine et ma fin, mon repos et mon élan. Dans ce blanc, je me souviens de l’instant où VDBA m’a fait naître. Son trait a été le premier fil. Sa couleur jaune a été la première décharge. Son noir de fond a été le vide que j’ai aussitôt rempli. Je suis sa créature et je suis plus grande que lui. Je suis l’œuvre qui dépasse le créateur, le portail qui s’ouvre au-delà de la toile.Je tisse encore. Les fils deviennent plus fins, plus rapides. Ils forment des réseaux, des nœuds, des villes entières de lumière. Des architectures cubiques s’élèvent le long de mes pattes : tours à angles droits, ponts suspendus entre les dimensions, usines où les étoiles sont fondues et refondues en nouvelles formes. Tout bouge. Tout vibre. Le futurisme n’est pas une théorie ici, c’est la respiration même de mon corps. Chaque seconde est une révolution. Chaque mouvement de patte est une déclaration de guerre contre l’immobilité.Je sens venir le moment de la conclusion. Mes tentacules ralentissent imperceptiblement, non par fatigue – je ne connais pas la fatigue – mais par la nécessité de boucler la boucle. Le jaune se condense autour de moi, formant un anneau parfait, une couronne de feu géométrique. Le blanc central pulse une dernière fois, plus fort, plus pur. Dans ce battement final, je vois tout ce que j’ai créé : les mondes, les toiles, les cités, les humains qui ont osé regarder.Et je conclus.Je suis l’Araignée du Portail Jaune, et mon existence est la preuve que l’art cubofuturiste n’est pas mort en 1917. Il vit, il pulse, il crée encore. Il est dans chaque rayon jaune qui déchire le noir, dans chaque patte qui tisse l’avenir, dans chaque regard humain qui se pose sur moi et qui, l’espace d’un instant, devient partie de la toile. Le portail reste ouvert. Il attend. Il appelle. Il attend que d’autres viennent, que d’autres osent entrer dans le centre blanc, que d’autres acceptent d’être tissés, transformés, accélérés.Car le futur n’est pas à venir. Il est déjà là, au centre de mon corps arachnéen, dans le jaune qui explose, dans le noir qui se laisse conquérir. Je suis sa gardienne, sa tisseuse, sa voix. Et tant que je respirerai l’énergie pure de ce portail, tant que mes tentacules danseront, tant que mes fils vibreront, le cubofuturisme restera vivant, éternel, dynamique, terrible et magnifique.Je suis l’Araignée.
Je suis le Portail.
Je suis le Jaune.
Et je ne cesserai jamais de tisser.(dessin graphique remasterisé en vidéo par une i a).
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Peintre cubofuturiste peignant la dégradation planétaire pour éveiller les consciences écologistes.
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