# La Guirlande des Songes
Je me souviens encore du moment où cette vision est apparue. Ce n’était ni tout à fait un rêve, ni tout à fait une réalité. C’était un entre-deux étrange, une passerelle suspendue entre le visible et l’invisible. Devant moi flottait une guirlande de fleurs mauves, légère comme un souffle, mystérieuse comme une confidence murmurée par la nuit.
Je ne savais pas si je la regardais ou si elle me regardait.
Dans le silence bleu qui baignait l’espace, chaque pétale semblait contenir un secret. Les fleurs formaient une chaîne délicate, un collier géant offert à une planète inconnue ou peut-être à une étoile solitaire perdue dans l’immensité du cosmos. Une tige fine descendait vers le sol, comme si cette apparition céleste refusait de rompre complètement avec la terre.
Je suis resté longtemps immobile.
J’avais l’impression qu’un langage oublié circulait à travers cette étrange construction végétale. Les fleurs ne parlaient pas avec des mots. Elles communiquaient avec des couleurs, des vibrations, des souvenirs enfouis dans les profondeurs de la mémoire.
Le violet dominait tout.
Ce violet n’était pas seulement une couleur. Il était une émotion. Une présence. Une musique silencieuse.
Je me suis approché mentalement de cette guirlande suspendue. Plus je l’observais, plus elle semblait grandir. Les fleurs devenaient des mondes miniatures. Les pétales se transformaient en montagnes, en vallées, en océans invisibles. Chaque fleur contenait un univers entier.
Alors j’ai fermé les yeux.
Quand je les ai rouverts, je n’étais plus dans la même pièce.
J’étais au cœur d’un jardin flottant dans le ciel.
Autour de moi dérivaient des îles couvertes de végétation lumineuse. Les arbres poussaient à l’envers. Les racines cherchaient les étoiles tandis que les branches plongeaient vers des mers de nuages. Des oiseaux transparents traversaient l’espace sans battre des ailes. Ils glissaient simplement dans l’air comme des pensées heureuses.
Au centre de ce jardin suspendu se dressait la grande guirlande.
Elle oscillait lentement.
Chaque mouvement faisait naître une pluie d’étincelles violettes.
Je compris alors qu’il ne s’agissait pas d’une décoration.
C’était une horloge.
Mais une horloge différente de celles que nous connaissons.
Elle ne mesurait pas les secondes.
Elle comptait les rêves.
Chaque fleur représentait un rêve oublié par un être humain quelque part sur la Terre.
Lorsque quelqu’un abandonnait un espoir, une nouvelle fleur apparaissait.
Lorsqu’un enfant inventait une histoire avant de s’endormir, un pétale supplémentaire naissait.
Lorsqu’un artiste osait imaginer un monde meilleur, la guirlande s’illuminait davantage.
Je trouvais cette idée merveilleuse.
Toute ma vie, j’ai cru que les rêves disparaissaient lorsqu’on les oubliait.
Je découvrais qu’ils continuaient peut-être d’exister ailleurs.
Ils voyageaient simplement dans un autre royaume.
Je marchais lentement sous la couronne florale.
Une fleur attira mon attention.
Elle brillait plus fortement que les autres.
Lorsque je l’effleurai du regard, une vision apparut.
Je vis un enfant dessinant des soleils bleus sur une feuille blanche.
Les adultes lui expliquaient que les soleils ne pouvaient pas être bleus.
L’enfant souriait pourtant.
Il continuait à dessiner.
Son imagination résistait aux règles.
La fleur vibra doucement.
Puis l’image disparut.
Une autre fleur s’ouvrit.
Je découvris une vieille femme assise près d’une fenêtre. Elle regardait tomber la pluie. Dans son cœur survivait encore le désir de voyager autour du monde. Elle n’avait jamais quitté sa ville, mais chaque goutte d’eau lui racontait un pays différent.
La fleur se referma lentement.
Une troisième révéla un poète qui écrivait sur les ailes des papillons afin que ses vers puissent traverser les frontières.
Je souris.
Dans ce jardin suspendu, les rêves les plus fous semblaient parfaitement naturels.
Peut-être étaient-ils même plus réels que certaines réalités.
Le bleu profond qui entourait la scène devenait de plus en plus intense. Il ressemblait à un océan vertical. Je flottais à l’intérieur d’une immense vague immobile.
La guirlande poursuivait sa danse silencieuse.
Je remarquai alors la présence d’une petite créature assise sur l’une des fleurs.
Elle avait l’apparence d’un chat minuscule recouvert de lumière.
Ses yeux brillaient comme deux lunes.
— Que fais-tu ici ? lui demandai-je.
— Je garde les rêves, répondit-il.
Sa voix ressemblait au bruit du vent dans les feuilles.
— Pourquoi faut-il les garder ?
— Parce que les humains oublient souvent leur propre magie.
Je restai silencieux.
Cette réponse me semblait profondément vraie.
Combien de fois avais-je moi-même abandonné une idée parce qu’elle paraissait irréaliste ?
Combien de fois avais-je laissé la logique éteindre une étincelle d’imagination ?
Le petit gardien des songes sauta sur mon épaule.
— Regarde mieux, dit-il.
Je levai les yeux vers la guirlande.
Cette fois, je remarquai que les fleurs n’étaient pas toutes identiques.
Certaines étaient éclatantes.
D’autres semblaient fragiles.
Quelques-unes perdaient déjà leurs pétales.
— Que signifie cela ?
— Les rêves ont besoin d’être nourris, répondit-il.
— Avec quoi ?
— Avec le courage.
Cette phrase résonna longtemps dans mon esprit.
Je compris soudain que les rêves ne meurent pas faute de talent ou de chance.
Ils meurent souvent faute d’audace.
Par peur du regard des autres.
Par peur de l’échec.
Par peur de l’inconnu.
Le jardin suspendu sembla approuver cette pensée.
Les fleurs se mirent à scintiller davantage.
Une douce musique naquit dans l’air.
Je ne distinguais aucun instrument.
Les notes semblaient provenir directement des pétales.
Chaque fleur chantait sa propre mélodie.
Ensemble, elles formaient une symphonie immense.
Je me laissai porter par cette musique.
Le temps perdit toute importance.
Les heures devenaient des gouttes de lumière.
Les minutes se changeaient en papillons.
Les secondes disparaissaient comme des bulles dans le vent.
Je n’étais plus un simple visiteur.
Je faisais partie du paysage.
Mon souffle participait au mouvement des fleurs.
Mes pensées rejoignaient le ballet des étoiles.
Puis quelque chose d’extraordinaire se produisit.
Une fleur nouvelle apparut au sommet de la guirlande.
Elle venait juste de naître.
Son éclat était exceptionnel.
— À qui appartient ce rêve ? demandai-je.
Le petit gardien me regarda avec amusement.
— À toi.
Je restai stupéfait.
— À moi ?
— Oui. Tu viens de créer un rêve sans t’en rendre compte.
Je cherchai dans ma mémoire.
Je ne trouvais rien.
— Quel rêve ?
— Celui d’un monde où la poésie continue d’exister malgré le bruit du monde.
Je sentis une émotion étrange m’envahir.
Peut-être avait-il raison.
Peut-être que chaque création, chaque tableau, chaque dessin, chaque mot écrit avec sincérité constitue déjà un rêve lancé dans l’univers.
Un rêve qui cherche sa place parmi les autres.
La fleur grandissait lentement.
Ses pétales déployaient des nuances de violet, de rose et d’argent.
Elle ressemblait à une petite galaxie.
Je la regardai longtemps.
Puis le jardin commença à s’éloigner.
Les îles flottantes devenaient plus petites.
Les oiseaux transparents disparaissaient dans la lumière.
Le gardien des songes salua d’un mouvement de la queue.
La guirlande poursuivait sa danse infinie.
Et peu à peu, je retrouvai le monde ordinaire.
Pourtant, quelque chose avait changé.
Le bleu semblait plus profond.
Les fleurs plus mystérieuses.
Le silence plus vivant.
Comme si un fragment du jardin suspendu avait accepté de voyager avec moi.
## Conclusion
Aujourd’hui encore, lorsque je contemple cette étrange guirlande florale, je ne vois pas seulement des fleurs suspendues dans une lumière bleutée. J’y vois une porte ouverte vers l’imaginaire, un passage discret entre le réel et le rêve. J’aime croire que chaque pétale conserve la mémoire d’un espoir, d’une idée folle ou d’un désir secret. Cette vision me rappelle que l’imagination demeure l’une des plus belles forces de l’existence. Tant que je continue à rêver, à créer et à m’émerveiller, la guirlande des songes poursuit sa croissance quelque part dans l’univers. Et peut-être qu’au fond, chacun de mes tableaux, chacun de mes dessins et chacune de mes pensées poétiques viennent ajouter une nouvelle fleur à cette couronne infinie suspendue entre ciel et mystère.(dessin graphique remasterisé en vidéo par une i a).
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Peintre cubofuturiste peignant la dégradation planétaire pour éveiller les consciences écologistes.
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