ils sont roses etmangerJe me tiens au centre de ce tourbillon silencieux, où la nuit semble retenir son souffle pour mieux m’observer. Mes doigts serrent contre mes lèvres cette fleur blanche aux pétales fragiles, presque irréelle, comme si elle était née de la rencontre entre un rêve et une larme de lune. Autour de moi, le monde s’est figé en une symphonie surréaliste : à ma gauche, la roue d’un vélo ancien, dressée comme un gardien du temps, ses rayons d’argent capturant les éclats lointains ; à ma droite, des bananes jaunes, courbées comme des sourires espiègles, suspendues dans un air chargé d’une odeur sucrée qui m’emporte vers des rivages oubliés ; au-dessus de ma tête, des fleurs roses et blanches flottent, légères, dansant au gré d’un vent invisible ; et en arrière-plan, des guirlandes de lumières bleues et orange tournoient comme les lanternes d’un carrousel enchanté échappé de la gravité. Je suis Lip’A, signature vivante de cet instant, et je vous livre, à la première personne, ce moment où tout converge en moi.ou Je respire lentement. Le liquide clair qui s’écoule de la corolle glisse sur ma barbe, trace un chemin frais sur ma peau, et je le laisse faire. Ce n’est pas seulement de l’eau ou du nectar : c’est l’essence des contradictions qui composent ma vie. Je ferme les yeux un instant, et la roue à ma gauche se met à tourner dans ma mémoire. Je revois les routes poussiéreuses de mon enfance, ces bicyclettes rouillées que je chevauchais à toute allure, le vent fouettant mon visage comme une promesse de liberté. Chaque rayon était une question : où vas-tu ? Pourquoi tournes-tu ? Aujourd’hui immobile, elle vibre encore, attendant que je la relance. Elle me parle de cycles, de retours, de ces moments où l’on croit tout avoir laissé derrière soi pour découvrir que tout revient, plus beau, plus étrange. Je sens ses rayons effleurer mon épaule, presque une caresse fraternelle. La vie est une roue : elle tourne, elle grince, elle nous emporte vers des horizons inattendus.À droite, les bananes me narguent avec leur courbe insolente. Dorées, mûres, prêtes à tomber comme des fruits défendus dans un Éden revisité. Je me souviens d’un voyage sous un soleil tropical, où des mains calleuses m’avaient tendu l’une d’elles et où le rire avait éclaté, simple, libérateur. La banane n’est pas qu’un fruit ; elle est l’absurde fait chair, le rappel que la joie peut être grotesque, sucrée, éphémère. Dans ce décor nocturne, elle contraste avec la solennité de la roue : elle est le rire au milieu du poème, la note clownesque qui empêche le tout de sombrer dans la mélancolie. Je la touche mentalement, sa peau lisse glisse sous mes doigts imaginaires. Elle murmure : « Mange-moi, vis-moi, ne sois pas sérieux. » Et je ris en silence, car sans elle, la roue tournerait trop lourdement, les fleurs se faneraient trop vite.Les fleurs, elles, sont mes confidentes. Roses et blanches, elles flottent comme des nuages de pétales, portées par une brise qui n’existe que pour elles. Leur parfum se mêle à celui des bananes, créant une alchimie enivrante qui envahit mes narines. Je les ai cueillies dans les jardins secrets de mon âme : elles incarnent l’amour fugace, la beauté qui se donne sans retour, la tendresse qui perce l’obscurité. L’une d’elles, plus grande, semble me regarder avec des yeux de velours. Elle me rappelle les étreintes passées, les lèvres qui effleuraient les miennes comme ces pétales effleurent l’air. Mais elle évoque aussi leur fin : les fleurs fanent, et c’est dans leur déclin que réside leur plus grande poésie. Mon cœur se serre d’une douceur infinie. Dans ce chaos organisé, elles sont le lien fragile entre le terrestre et le céleste, entre ma barbe rude et le ciel étoilé que je devine derrière les lumières.Et ces lumières ! Ces guirlandes bleues et orange qui tourbillonnent comme un manège de fête foraine oublié par le temps. Elles ne sont pas seulement des ampoules ; elles sont les âmes des souvenirs, les étincelles de rêves inachevés. Elles clignotent, dansent, illuminent mon visage barbu d’une lueur qui fait briller mes yeux. Je me sens transporté dans une foire nocturne de l’esprit, où chaque éclat ouvre une porte vers un autre monde. Bleues pour la mélancolie joyeuse, orange pour la chaleur des promesses. Elles m’enveloppent, me bercent, et je m’abandonne, la fleur toujours pressée contre ma bouche. Je bois leur lumière à travers ce nectar qui coule, je m’en imprègne comme une éponge assoiffée d’émerveillement. La vie n’est pas linéaire : elle est un feu d’artifice perpétuel, un carrousel où l’on monte, descend, rit et pleure dans une harmonie chaotique.Je suis là, au milieu de cet assemblage improbable, et je me sens complet. Ma barbe, mon chapeau discret, mon regard concentré sur cette fleur : tout cela forme Lip’A, contraction poétique de lèvres et d’âme, de lèvres qui embrassent le monde et d’une âme qui le digère. Je suis l’artiste et l’œuvre, le sujet et le regardeur. Chaque élément est une partie de moi : la roue, mes voyages intérieurs ; les bananes, mon refus de la gravité ; les fleurs, ma vulnérabilité ; les lumières, mon espoir tenace. Et cette fleur blanche que je porte à mes lèvres ? Elle est le centre, le vide plein, l’acte de communion suprême. Je la respire, je la bois, je l’absorbe, et elle me transforme. Le liquide coule sur mon menton, trace des rivières sur ma peau. Qu’il coule, qu’il témoigne de cette soif inextinguible de beauté.Des souvenirs affluent en vagues poétiques. Je revois mon père pédalant sur une vieille bicyclette, m’apprenant que la route est plus belle sans carte. Je revois ma mère cueillant des fleurs dans un jardin modeste, m’enseignant que la fragilité est une force. Je revois des amis partageant des bananes volées sur un marché lointain, riant de l’absurde de l’existence. Et ces lumières me rappellent les nuits de veillée autour d’un feu improvisé, où l’on inventait des mondes. Tout converge ici, dans ce cadre sombre où les couleurs explosent comme des feux d’artifice intimes. Je ne suis plus seulement un homme barbu au chapeau ; je suis le poète de l’ordinaire sublimé, le conteur d’un instant où le surréel devient vérité.Pourtant, une ombre légère plane : la conscience que tout est éphémère. La roue s’arrêtera, les bananes pourriront, les fleurs se faneront, les lumières s’éteindront. Mais c’est précisément dans cette finitude que naît la poésie. Je le sais, je le sens dans chaque goutte qui perle de la fleur. Lip’A n’est pas une image figée ; c’est un appel à vivre intensément, à embrasser le chaos avec tendresse. Je rouvre les yeux, et le monde semble plus vivant encore. La roue scintille, les bananes brillent, les fleurs murmurent, les lumières chantent. Et moi, je suis au centre, absorbant tout.Dans cette étreinte des contraires, je trouve enfin la paix. Je pose la fleur doucement, comme on repose un secret confié. Mon regard se perd dans l’obscurité au-delà des lumières, et je comprends que l’art, la vie, l’amour ne sont qu’une seule danse. Lip’A, c’est moi, c’est vous, c’est nous tous qui cherchons à assembler les pièces éparpillées de notre existence en un tableau cohérent, beau, absurde et profond.Et maintenant, la conclusion s’impose comme une dernière lumière qui s’allume dans la nuit. Après avoir bu à la source de ce moment surréaliste, je me relève, métaphoriquement, de cette posture contemplative. Je sais désormais que chaque roue de vélo dans ma vie me portera plus loin, que chaque banane me rappellera de ne jamais perdre le goût du rire, que chaque fleur m’invitera à la délicatesse, et que chaque guirlande de lumières éclairera les ombres de mon chemin. Lip’A n’est pas une fin, mais un commencement : l’invitation à créer notre propre collage existentiel, où le banal devient magique, où le je devient nous, où le poétique infuse le quotidien. Je marche désormais avec cette image gravée en moi, non comme un souvenir, mais comme une boussole intérieure. Dans un monde qui tourne trop vite, je choisis de m’arrêter, de respirer une fleur blanche, et de dire : merci. Merci à la roue, aux bananes, aux fleurs, aux lumières, et à cette part de moi qui ose être urba. Car au bout du compte, la vraie poésie n’est pas dans les mots ni dans les images : elle est dans l’acte de vivre, pleinement, absurdement, magnifiquement, à la première personne du singulier. Et je vis. Je vis.(desin graphique remasterisé en vidéo par une i a).
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Peintre cubofuturiste peignant la dégradation planétaire pour éveiller les consciences écologistes.
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