
Le désert s’installe sur la terre
Je marche. Mes pieds s’enfoncent dans ce qui était autrefois de la terre vivante et qui devient, grain après grain, un océan de poussière. Le désert s’installe sur la terre. Je le sens dans l’air qui brûle mes poumons, dans le silence qui remplace le chant des oiseaux, dans cette lumière trop blanche qui ne laisse plus d’ombre où se cacher.
Je suis le fugitif. Pas celui qui court avec des chaînes aux chevilles, mais celui qui fuit à l’intérieur de lui-même, qui cherche encore une poche de vert, une racine, un souffle qui n’ait pas le goût du sable. Et c’est alors que je le vois : cet arbre surgi d’une plaie ouverte dans le sol. Son tronc doré semble jaillir d’un gouffre noir, comme s’il avait décidé de ne pas mourir, comme s’il avait choisi de s’arracher à la terre qui l’avalait pour mieux respirer.
Ses branches tordues s’élèvent vers un ciel qui ne sait plus quelle couleur choisir. Bleu nuit qui s’efface, rouge de braise, jaune incandescent. Sur chaque extrémité, de petits points orange brillent comme des promesses oubliées ou des fruits que personne ne viendra cueillir. Ils tremblent. Ils résistent. Ils disent : « Pas encore. Pas tout de suite. »
Autour du tronc, le sol tourbillonne. Jaune, orange, presque liquide. On dirait que la terre elle-même est en train de fondre, de se liquéfier sous la chaleur du changement. Et au centre de tout cela, ce trou noir. Un œil ? Une bouche ? Une porte ? Je ne sais pas. Je n’ose pas m’approcher trop près. J’ai peur qu’il m’appelle, qu’il m’aspire, qu’il me propose de disparaître avec lui dans un endroit où le désert n’existe pas encore.
Je reste là, debout, le vent chaud collant ma chemise à la peau. Le désert s’installe sur la terre et moi, je regarde cet arbre-fugitif qui refuse de s’incliner. Il ne pousse plus vers le ciel par habitude, il s’accroche par entêtement. Chaque branche est une déclaration : « Tant que je porterai encore une lueur, le désert ne sera pas tout à fait vainqueur. »
Je pense à toutes les terres qui ont déjà capitulé. Aux forêts devenues cimetières de souches, aux rivières asséchées, aux enfants qui naissent sans jamais avoir vu un vrai vert. Le désert s’installe sur la terre, mais il s’installe aussi en nous quand nous cessons de regarder, quand nous acceptons que « c’est comme ça maintenant ».
Pourtant, cet arbre existe. Il est là, improbable, lumineux, tordu. Il me rappelle que même quand tout semble perdu, quelque chose peut encore refuser de mourir. Une racine. Une idée. Un geste. Une œuvre.
Je reprends ma marche. Plus léger. Moins seul. Parce que je sais maintenant que le désert peut s’installer sur la terre… mais que la vie, elle, peut encore choisir de s’enfuir par en haut, par la lumière, par l’entêtement.
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Le désert s’installe sur la terre. C’est une réalité que nous vivons chaque jour, que ce soit à travers la désertification accélérée, le réchauffement climatique ou la perte de biodiversité. Pourtant, comme dans cette œuvre poétique « La Planquette du Fugitif », il reste des poches de résistance, des arbres qui s’accrochent, des regards qui refusent de baisser les yeux. Si vous ressentez, vous aussi, que le désert s’installe sur la terre, sachez que chaque geste compte : planter, protéger, témoigner, créer. Partagez cet article, parlez-en autour de vous, et ensemble, continuons à faire en sorte que la vie garde le dernier mot. Le désert s’installe sur la terre… mais nous pouvons encore choisir de ne pas lui céder le nôtre.(dessin graphique)
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