La montée des océans et fonte des glaciers:mon cri poètique depuis lascène!

Montée des océans et fonte des glaciers : mon cri poétique depuis la scène Je suis là, debout sous ces lumières qui tourbillonnent comme des âmes perdues. Le micro est lourd dans ma main, froid contre ma paume. Derrière moi, les éclats bleus et rouges dansent sur le noir, comme les derniers feux d’un glacier qui se fissure. Je ferme les yeux un instant et je vois tout. Je vois la Terre qui pleure. Je sens la fonte des glaciers dans mes os, je sens la montée des océans dans mon souffle. Ce soir, je ne chante pas seulement. Je témoigne. Je vous offre les mots que la nature m’a murmurés quand j’ai marché sur ses plaies ouvertes. Je me souviens de mon premier contact avec la glace éternelle. C’était dans les Alpes, il y a des années. Le glacier du Montenvers étincelait encore comme un diamant vivant. J’ai posé ma main sur lui. Il était vivant, respirant, ancien. Aujourd’hui je retourne là-bas en pensée et je le trouve plus petit, plus gris, plus triste. Chaque été, des tonnes de glace s’échappent en ruisseaux impatients. La fonte des glaciers n’est plus une image lointaine de documentaire. C’est une blessure que je porte en moi quand je marche sur ces sentiers devenus boueux. Je me tiens maintenant face à vous et je vous dis : la glace fond. Elle fond plus vite que nos mémoires ne peuvent l’enregistrer. Les glaciers du Groenland, de l’Antarctique, des Andes, des Alpes, tous se retirent comme des armées vaincues. Ils abandonnent derrière eux des lacs turquoise qui n’existaient pas il y a dix ans. Ils libèrent des eaux douces qui n’ont plus de place pour rester douces. Ces eaux courent vers la mer. Elles la gonflent. Elles la font monter. Je l’ai vu de mes propres yeux sur une côte bretonne que j’aime. La petite maison blanche que ma grand-mère me montrait enfant est aujourd’hui à deux pas des vagues en furie. Autrefois, il y avait un pré, puis une dune, puis la plage. Maintenant la mer lèche les fondations. Chaque marée haute est une victoire silencieuse de l’océan. Chaque tempête est une proclamation. La montée des océans n’attend pas nos débats. Elle avance, centimètre après centimètre, année après année, implacable comme un poème écrit par le temps lui-même. Je respire profondément devant vous. L’air de la salle sent le métal chaud des projecteurs. Mais dans ma tête, c’est l’odeur de la banquise qui fond qui me revient. Une odeur de roche mouillée, de sel ancien libéré. Quand la glace fond, elle ne disparaît pas seulement. Elle raconte. Elle raconte les hivers d’il y a dix mille ans, les mammouths, les forêts qui ont poussé et disparu. Tout cela coule maintenant dans les veines salées des océans. Et les océans montent pour nous le rendre. Je marche parfois la nuit sur les digues. Je regarde l’horizon noir et je sens la mer qui gonfle sous mes pieds. Elle monte parce que la Terre se réchauffe. Elle monte parce que nous avons brûlé trop de souvenirs fossiles. Elle monte parce que les glaciers, ces cathédrales de glace, se transforment en rivières. Je ne peux plus faire semblant. Je ne peux plus chanter des chansons d’amour sans entendre, derrière chaque note, le craquement lent des icebergs qui se détachent. La fonte des glaciers change tout. Elle change la couleur de l’eau, elle change les courants, elle change la vie des poissons que les pêcheurs ramènent encore. Elle change le goût du vent sur les îles du Pacifique où des villages entiers préparent déjà leurs sacs. Elle change le futur des enfants qui naîtront sur des côtes que nous appelons encore « sûres ». Je pense à eux quand je chante. Je pense à leurs pieds nus sur un sable qui n’existera plus. Je tends la main dans la lumière. Mes doigts effleurent l’air chargé d’électricité. Je sens la vibration du son qui sort de ma gorge. Chaque mot que je prononce est une goutte. Une goutte de glace qui fond. Une goutte d’océan qui monte. Je ne cherche pas à vous convaincre. Je cherche à vous faire sentir. Sentir le poids de l’eau qui s’ajoute. Sentir le vide que laisse la glace quand elle part. Il y a des nuits où je rêve que je marche sur un glacier. Mes pas font craquer la surface. En dessous, des rivières souterraines coulent déjà. Je vois des blocs énormes se détacher et tomber dans l’eau noire. Le bruit est sourd, profond, comme un cœur qui lâche. Quand je me réveille, j’ai encore ce bruit dans les oreilles. C’est le son de la fonte des glaciers. C’est le son de la montée des océans qui commence bien avant que nous la voyions sur les cartes. Je reviens sur scène. Les lumières me caressent le visage. Je regarde le public et je vois des visages qui attendent. Je ne leur donne pas de solution toute faite. Je leur donne ce que j’ai vu. Je leur donne la beauté douloureuse d’un monde qui se transforme. La beauté d’une montagne qui perd sa couronne blanche. La beauté terrible d’une vague qui monte plus haut chaque hiver. Parfois je pose le micro un instant. Je laisse le silence parler. Dans ce silence, on entend presque les glaciers craquer à des milliers de kilomètres. On entend la mer qui avance sur les mangroves, sur les deltas, sur les villes basses. On entend le futur qui arrive sans permission. Je reprends le micro. Ma voix est plus basse maintenant. Je parle de l’eau douce qui devient salée. Je parle des espèces qui fuient vers le nord et ne trouvent plus de nord. Je parle des enfants qui demandent pourquoi la mer mange leur terrain de jeu. Je ne mens pas. Je ne grossis rien. Je dis seulement ce que mes yeux ont vu et ce que mon cœur a ressenti quand la glace a fondu sous mes pas. La scène est chaude. Mes cheveux collent un peu à mon front. Je sens le poids du silence du public. C’est un silence vivant, attentif. Je continue. Je décris les fjords du Svalbard où les glaciers reculent de plusieurs mètres par an. Je décris les lacs qui naissent au pied des montagnes et qui grossissent jusqu’à percer leurs digues de glace. Je décris les villages côtiers qui construisent des murs de plus en plus hauts, jusqu’à ce que les murs ne suffisent plus. Je ne conclus rien. Je ne ferme pas la porte. Je laisse les mots flotter. Je laisse la mer monter encore un peu dans l’imaginaire de chacun. Je laisse la fonte des glaciers continuer son travail lent et magnifique dans nos mémoires. Parce que tant que nous entendrons ce craquement, tant que nous sentirons ce goût salé qui monte, nous ne pourrons pas faire comme si rien ne changeait. Je baisse un peu le micro. Les lumières continuent de tourner. Bleues comme la glace ancienne. Rouges comme le feu qui fait fondre tout ça. Je reste là, respirant, attendant le prochain mot, le prochain son, la prochaine vague qui viendra frapper le rivage de nos consciences. La mer monte. La glace fond. Et moi, je suis encore là, micro à la main, à témoigner.dessin graphique remasterisé en vidéo par une i a).

Enregistrer un commentaire

0 Commentaires