Titre : Relation Humain et Nature : Les Fils Invisibles qui me Relient au Vivant – Mon Voyage Poétique
Je me tiens là, au cœur d’un champ en explosion de couleurs. Mes poings sont serrés autour de deux fils bleus qui descendent de mes mains comme des veines vivantes. Autour de moi, des tournesols tournent leur visage vers le soleil, des marguerites dansent dans le vent, et des oiseaux aux plumes électriques – bleu roi, rouge feu, jaune d’or – tourbillonnent en cercles parfaits. Je sens chaque battement d’aile vibrer dans ma poitrine. Je ne suis plus seulement un homme. Je suis le lien.
C’est ainsi que commence, pour moi, la vraie histoire du rapport entre les humains et la nature. Pas dans les statistiques, pas dans les rapports alarmistes, mais dans ce moment précis où le corps se souvient qu’il n’a jamais été séparé du monde.
Je suis né dans une petite vallée du Sud de la France. Ma première mémoire olfactive, c’est l’odeur de la terre humide après l’orage. Je courais pieds nus dans l’herbe haute, les orties me piquaient les mollets et je riais. La nature n’était pas « dehors ». Elle était mon premier langage. Les cigales me racontaient l’été, le vent dans les cyprès me murmurait des secrets, et le ruisseau, avec son clapotis infatigable, m’apprenait la patience.
Puis est venue la ville. Les années ont passé. Le béton a remplacé la terre sous mes pieds. Les écrans ont remplacé le ciel. Je marchais dans les rues en regardant mon téléphone plutôt que les nuages. Je respirais de l’air conditionné au lieu du vent chargé de pollen. Et lentement, sans même m’en apercevoir, je me suis senti de plus en plus seul, même entouré de millions de personnes. Il me manquait quelque chose que je ne savais plus nommer.
Un jour d’automne, j’ai tout quitté pour quelques semaines. Je suis parti marcher seul dans une forêt ancienne des Cévennes. Pas de réseau, pas de montre, juste mon sac et mes pas. Les trois premiers jours, j’ai été agité. Mon esprit courait encore plus vite que mes jambes. Puis, peu à peu, quelque chose s’est calmé.
Le quatrième matin, je me suis assis au bord d’un ruisseau. J’ai plongé les mains dans l’eau glacée. Et là, j’ai ressenti pour la première fois depuis des années que mon corps faisait partie d’un tout plus grand. L’eau qui coulait sur mes doigts était la même eau qui avait traversé les montagnes, les nuages, les corps des animaux et des arbres avant moi. Mes cellules buvaient ce qui avait déjà nourri des millions d’êtres vivants. Je n’étais pas un visiteur. J’étais un maillon.
C’est à ce moment que j’ai compris : le rapport entre les humains et la nature n’est pas une question d’écologie extérieure. C’est une question d’écologie intérieure. Nous ne sommes pas face à la nature. Nous sommes la nature qui s’observe elle-même.
Quand je marche aujourd’hui dans une forêt, je ne « regarde » plus les arbres. Je les ressens. Je sens leur lente respiration à travers mes propres poumons. Je sais que l’oxygène que je respire a été fabriqué par leurs feuilles quelques heures plus tôt. Je sais que le carbone de mon corps a voyagé dans leurs racines avant de revenir à moi. Nous échangeons sans cesse, dans un silence que seuls les poètes et les enfants entendent encore.
Parfois, je ferme les yeux et j’imagine ces fils invisibles dont je parlais tout à l’heure. Des milliers de fils bleus, rouges, verts, dorés, qui partent de ma peau et vont se connecter à chaque feuille, chaque plume, chaque goutte de rosée. Ces fils ne sont pas de la poésie abstraite. Ils sont scientifiques : ce sont les cycles du carbone, de l’eau, de l’azote, de l’énergie. Mais ils sont aussi émotionnels. Quand je touche l’écorce d’un chêne centenaire, je touche le temps. Quand un oiseau se pose près de moi sans s’envoler, je touche la confiance.
La modernité nous a fait croire que nous étions au-dessus de tout cela. Que nous pouvions dominer, exploiter, extraire sans fin. Mais la nature, elle, n’a jamais joué à ce jeu. Elle continue simplement d’être. Et quand nous coupons trop de fils, c’est nous qui nous coupons de la vie elle-même. L’anxiété, la dépression, le sentiment de vide que tant d’entre nous ressentent aujourd’hui ne sont peut-être rien d’autre que le deuil silencieux de cette connexion perdue.
Je ne prêche pas le retour à la vie sauvage. Je parle d’un retour conscient. Je parle de ces petits gestes quotidiens qui recréent le lien :
Je parle de s’asseoir cinq minutes par jour devant un arbre et de ne rien faire d’autre que respirer avec lui.
Je parle de marcher pieds nus dans l’herbe dès que possible.
Je parle d’apprendre les noms des oiseaux qui vivent autour de chez soi, comme on apprend les prénoms de ses voisins.
Je parle de planter même une seule fleur sur un balcon et de la regarder grandir comme si c’était un enfant.
Ces actes paraissent minuscules. Ils sont pourtant révolutionnaires. Parce qu’ils réparent, un fil après l’autre, la toile déchirée entre nous et le vivant.
Il y a des matins où je me réveille et où je sens encore le poids de tout ce que l’humanité a détruit. Les forêts rasées, les océans étouffés, les espèces qui disparaissent avant même que nous ayons appris leur nom. Et alors je me demande : et si nous n’étions pas seulement les destructeurs, mais aussi les guérisseurs ? Et si notre conscience, notre capacité à aimer, à créer de la beauté, à ressentir de la culpabilité, étaient précisément les outils que la nature s’est donnés pour se soigner elle-même à travers nous ?
Je ne suis pas naïf. Je sais que les systèmes économiques actuels poussent à la déconnexion. Mais je sais aussi que chaque fois qu’un humain s’agenouille pour toucher la terre avec respect, quelque chose change dans le tissu du réel. Pas seulement symboliquement. Littéralement. Parce que l’attention est une forme d’énergie. Et que l’énergie de l’attention aimante peut, à son échelle, réparer.
Ce matin, en écrivant ces lignes, j’ai rouvert les yeux sur l’image qui m’accompagne depuis plusieurs jours : cet homme au milieu des fleurs et des oiseaux, les poings serrés autour de fils bleus. Je me reconnais en lui. Pas parce que je ressemble physiquement à ce portrait, mais parce que je ressens exactement la même chose. Ces fils bleus, ce sont mes nerfs qui s’étendent jusqu’aux racines des arbres. Ce sont mes souvenirs d’enfance qui remontent. C’est ma responsabilité et ma joie.
Je ne veux plus être un humain qui « protège » la nature comme on protège quelque chose d’extérieur. Je veux être un humain qui se souvient qu’il est nature. Que quand je blesse une rivière, je me blesse. Que quand je caresse un chat errant, je caresse aussi la part sauvage qui vit encore en moi.
Et toi qui lis ces mots, je t’invite à fermer les yeux un instant. Imagine que des fils invisibles partent de tes mains, de ton cœur, de tes yeux. Imagine qu’ils se connectent à tout ce qui vit autour de toi en ce moment même. À l’arbre le plus proche. Au ciel au-dessus de ta tête. À l’insecte qui vole quelque part dans la pièce. Respire avec eux.
Tu n’es pas seul.
Tu n’as jamais été seul.
Tu fais partie d’un chœur immense qui chante depuis des milliards d’années.
Et ce chant, c’est la vie qui continue à travers nous.
C’est ça, pour moi, le vrai rapport entre les humains et la nature.
Pas une relation.
Une identité retrouvée.
Je marche maintenant avec ces fils bleus dans les mains.
Et je ne les lâcherai plus.
(dessin graphique remasterisé en vidéo par une i a).
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Peintre cubofuturiste peignant la dégradation planétaire pour éveiller les consciences écologistes.
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