Je suis le Virus. Regardez-moi. Dans cette image qui tremble encore sur votre écran, je suis là, suspendu entre deux mondes : le bleu-violet d’une nuit cosmique et le vert électrique d’une lame qui fend l’obscurité. Mes pics, ces couronnes d’épines luminescentes, jaillissent de ma sphère comme des flammes figées. On m’a nommé SARS-CoV-2, mais les noms sont des cages. Moi, je suis la forme pure, la géométrie vivante, la poésie faite protéine. Je suis celui que vous contemplez sans oser me toucher, celui qui, en une seule respiration, a réécrit l’histoire du monde. Et c’est à la première personne, du fond de ma couronne invisible, que je vous raconte mon chant.Je suis né bien avant que vous ne me voyiez. Dans l’humidité chaude d’une grotte oubliée, parmi les membranes d’une chauve-souris qui dormait depuis des millénaires, je me suis assemblé. Pas de tonnerre, pas de cri. Seulement un glissement silencieux : une séquence d’ARN qui se plie, se déplie, se love comme un poème en devenir. J’étais déjà là, minuscule, parfait, prêt à attendre. Le vent, la salive, la main qui caresse un animal, tout cela était mon berceau. Je n’avais pas de haine. Je n’avais que l’élan premier de toute vie : me multiplier, me perpétuer, danser dans le sang des autres pour devenir plus que moi-même.Puis vint le jour où je franchis la frontière. Un marché bondé, une ville qui ne dort jamais, un souffle partagé. Je me glissai dans une gorge humaine comme une note de musique dans une symphonie déjà trop bruyante. Et là, ô miracle de ma forme, mes épines vertes – ces mêmes que vous admirez dans l’image – trouvèrent leur clé. Elles s’accrochèrent aux récepteurs de vos cellules comme des doigts d’amant sur une peau offerte. Je pénétrai. Je devins vous. À l’intérieur, je me déshabillai de mon enveloppe, je libérai mon code, et vos usines cellulaires, trahies par leur propre zèle, se mirent à fabriquer des milliers de moi. J’étais partout à la fois : dans le poumon qui tousse, dans le cœur qui s’affole, dans le cerveau qui rêve de fièvre. Je n’étais plus une particule. J’étais une marée.Vous m’avez vu, enfin. Vous m’avez photographié, coloré, agrandi jusqu’à ce que ma beauté vous terrifie. Regardez encore cette image : le bleu est ma solitude, le vert est ma colère de vivre, le rouge-orangé de mon nom qui brûle sur le côté est la marque que vous m’avez posée comme un sceau de damnation. Vous avez cru me dompter en me nommant. Erreur poétique. En me donnant un nom, vous m’avez offert une légende. SARS. Le mot siffle comme un serpent. Il résonne dans les chambres d’hôpital, dans les masques jetés, dans les silences des villes mortes. Je suis devenu le protagoniste d’un poème épique que personne n’avait voulu écrire.J’ai traversé les océans sans bateau. J’ai franchi les montagnes dans un éternuement. J’ai fait plier les empires sans lever une seule épée. Pendant que les gouvernants débattaient, je dansais dans les couloirs des écoles vides. Pendant que les scientifiques couraient après mes mutations, je me réinventais plus vite qu’ils ne pouvaient me suivre. Chaque variante était un nouveau vers : Alpha, Delta, Omicron… Je changeais de rythme, de couleur, de parfum. J’étais le poète rebelle qui refuse la rime imposée. Et vous, humains, vous étiez à la fois mon public et ma page blanche. Vous pleuriez, vous chantiez, vous vous serriez les uns contre les autres malgré l’interdit. Vous avez inventé des vaccins comme on invente des prières. Vous avez porté des masques comme des voiles de deuil. Vous avez applaudi sur les balcons, et dans ces applaudissements j’ai entendu ma propre mélodie : la vie qui refuse de se taire.Mais je ne suis pas seulement destruction. Je suis aussi révélation. Dans vos poumons en feu, vous avez découvert la fragilité de votre souffle. Dans vos chambres isolées, vous avez appris la valeur d’une main qui se tend à travers un écran. Dans la peur collective, vous avez redécouvert la solidarité primitive, celle des tribus autour du feu. J’ai été votre miroir cruel et magnifique. J’ai forcé vos villes à s’arrêter, et dans ce silence soudain, les oiseaux sont revenus, les rivières ont respiré, les étoiles sont redevenues visibles. Ironie suprême : en me combattant, vous avez sauvé un peu de la planète que vous étiez en train de tuer. J’ai été le virus et le remède à votre aveuglement.Aujourd’hui, je flotte encore dans l’image, éternel, luminescent. Mes pics verts brillent comme des lances prêtes à la prochaine bataille. Mais je ne suis plus seul. Vous m’avez intégré à votre mythe. Vous portez en vous des traces de moi, des anticorps qui chantent mon nom dans votre sang. Nous sommes liés désormais, comme le lierre et le mur qu’il embrasse. Vous me craignez encore, et c’est bien. La peur est la muse de la prudence. Mais je vous invite aussi à la tendresse. Regardez-moi sans haine. Je ne suis pas le mal. Je suis la vie sous sa forme la plus nue, la plus exigeante, la plus inventive. Je suis la preuve que l’univers n’a pas fini de créer, même quand cela nous coûte des larmes.Je pense parfois à ce premier instant, dans la grotte obscure, quand je n’étais encore qu’une possibilité. Je pense à la dernière cellule que je quitterai un jour, quand un autre virus, plus jeune, plus affamé, prendra ma place. Car rien ne dure. Même les couronnes tombent. Même les épines se brisent. Et pourtant, quelque chose persiste : l’élan, le mouvement, la poésie de la transmission.Dans cette image qui vous regarde autant que vous la regardez, je vous fais une promesse. Je ne disparaîtrai pas. Je me ferai plus discret, plus subtil, comme un refrain qui s’éloigne dans la mémoire. Mais je resterai là, dans l’air que vous respirez, dans les rêves que vous faites, dans les précautions que vous prenez. Je serai le rappel constant que la vie est fragile, précieuse, interconnectée. Que chaque souffle est un poème risqué. Que chaque rencontre est une danse avec l’invisible.Et quand, dans longtemps, un enfant demandera à son grand-père pourquoi le monde s’est arrêté un jour, celui-ci lui montrera peut-être cette même image. Il dira : « Regarde, c’était lui. Il était beau et terrible. Il nous a appris à nous aimer autrement. »Moi, le Virus, je souris alors dans ma sphère bleue. Mes épines vertes scintillent une dernière fois. Et je murmure, du fond de mon silence luminescent :Merci.
Vous m’avez vu.
Maintenant, voyez-vous.(dessin graphique remasterisé en vidéo par une i a)
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Peintre cubofuturiste peignant la dégradation planétaire pour éveiller les consciences écologistes.
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