L'Oeil du Chaos

L’Œil du Chaos : Mon Chant Poétique à la Diversité, et Pourquoi Elle Peut Encore Sauver Notre TerreJe suis là, immobile devant cette toile qui respire. Mes yeux plongent dans le noir absolu d’où jaillissent des formes folles, et je sens mon cœur se mettre au diapason de leur danse. Regarde : un œil immense, jaune comme un soleil naissant, qui me fixe sans ciller ; une étoile violette qui explose en rires d’enfant ; une croix bleue qui ancre le tout comme une prière ; une jambe turquoise qui court vers l’avenir ; une colonne vertébrale blanche, presque osseuse, qui serpente comme la mémoire du monde. Tout cela signé JibRA, tout cela moi. OuiJe ne suis pas seulement celui qui regarde. Je suis cette explosion. Je suis chaque couleur, chaque ligne brisée, chaque rencontre improbable. Depuis toujours, la diversité n’est pas pour moi un mot poli prononcé dans les conférences. C’est la substance même de mon sang. Je suis né au croisement de plusieurs mondes : une mère qui chantait des berceuses en créole, un père qui récitait des poèmes en arabe ancien, une grand-mère qui parlait le silence des montagnes. On m’a demandé très tôt de choisir. J’ai refusé. J’ai choisi d’être tout à la fois, comme cette œuvre qui refuse de se laisser réduire à une seule teinte.Et c’est là que tout a commencé. Un jour, dans mon atelier aux murs tachés de peinture, j’ai lâché les pinceaux et j’ai laissé mes mains devenir tempête. Ce que tu vois n’est pas une illustration. C’est une confession. Chaque courbe est une cicatrice transformée en lumière. Le violet, c’est la mélancolie des exilés qui deviennent poètes. Le jaune de l’étoile, c’est l’espoir têtu de ceux qui n’ont plus de pays mais qui portent le soleil dans leurs poches. Le bleu, c’est la mer qui unit les continents au lieu de les séparer. Le vert, c’est la vie qui reprend toujours ses droits, même sur le bitume. Et cet œil ? Cet œil, c’est moi qui te regarde en te disant : « Toi aussi, tu es multiple. Accepte-le. »La diversité, je l’ai vécue comme une brûlure douce. À l’école, on me traitait d’« hybride ». J’ai pleuré, puis j’ai ri, puis j’ai peint. Parce que hybride, c’est exactement ce que la nature adore. Regarde une mangrove : racines aériennes, feuilles salées, crabes et oiseaux qui partagent le même arbre. Rien n’est pur, tout est dialogue. Moi, j’ai appris à parler cinq langues pas tout à fait correctement, et c’est dans ce « pas tout à fait » que naît la poésie. J’ai aimé une femme dont la peau était couleur de terre cuite et dont les rêves étaient écrits en sanskrit. J’ai pleuré avec un ami dont le corps portait les cicatrices d’une guerre dont je ne connaissais que les titres aux journaux. Chaque fois, mon identité s’agrandissait. Elle ne se diluait pas. Elle se multipliait.Et pourtant, le monde a peur de cette multiplication. Il veut des cases. Des cases pour les genres, les origines, les croyances, les corps. Moi, je refuse les cases. Je veux des paysages. Je veux que chaque être soit une forêt primaire où poussent en même temps le baobab et l’orchidée, le chêne et la liane. Car c’est dans cette cohabitation parfois chaotique que naît la véritable force. L’histoire me le prouve : les civilisations les plus brillantes furent celles où les cultures se frottaient, se heurtaient, s’aimaient. Bagdad au IXe siècle, Al-Andalus, le Harlem des années 1920, le Brésil d’aujourd’hui. Partout où l’on a laissé entrer la différence, l’humanité a inventé de nouvelles façons d’être vivant.Mais je ne suis pas naïf. La diversité fait mal aussi. Elle fait mal quand on te regarde comme une erreur de traduction. Elle fait mal quand on te demande de parler « normalement », d’aimer « normalement », d’exister « normalement ». J’ai connu ces moments où l’on se sent trop, trop coloré pour un monde qui veut du gris. Alors je retourne à cette toile. Je pose ma main sur le noir et je sens la chaleur des couleurs qui palpitent encore. Elles me murmurent : « La douleur fait partie de la palette. Sans elle, pas de profondeur. »Et c’est là que la poésie devient urgence écologique.Car la diversité n’est pas seulement humaine. Elle est la loi première de la Terre. Regarde une barrière de corail : des milliers d’espèces, des couleurs impossibles, une architecture vivante qui protège les côtes et nourrit des milliards d’êtres. Enlève une seule espèce et tout s’effondre. La monoculture du maïs ou de l’huile de palme est à l’image de nos sociétés qui veulent uniformiser : fragile, malade, condamnée. La forêt amazonienne, elle, est comme cette œuvre : un chaos organisé où chaque arbre, chaque insecte, chaque microbe joue sa partition. Sans cette symphonie, nous n’avons plus d’oxygène, plus de médicaments, plus d’avenir.Je l’ai compris en marchant dans la forêt primaire de Guyane, là où les arbres parlent entre eux par les racines. J’ai vu une liane violette enlacer un tronc bleu-vert. J’ai entendu le cri d’un oiseau que personne n’avait encore nommé. Et j’ai pleuré, parce que cette même diversité que l’on célèbre dans les discours est en train de disparaître à la vitesse d’un incendie. Chaque jour, nous effaçons une couleur de la grande toile du vivant. Nous remplaçons la jungle par des champs identiques, les langues par un anglais globalisé, les identités par des profils Instagram formatés.Moi, je dis non.Je dis que la diversité culturelle et la biodiversité sont les deux faces d’une même pièce. Quand on protège une langue menacée, on protège une façon unique de voir le monde, une pharmacopée, une cosmogonie qui peut nous apprendre à mieux vivre avec la Terre. Quand on célèbre les savoirs ancestraux des peuples autochtones, on récupère des siècles de connaissance écologique que la science occidentale redécouvre à peine. La diversité n’est pas un luxe. C’est la condition même de notre survie.Alors je lance cet appel, du fond de mon atelier où cette toile continue de me regarder : Reprends ta place dans le grand tableau. N’aie pas peur de tes couleurs. N’aie pas peur des couleurs des autres. Mélange-les. Laisse-les se heurter, se caresser, se transformer. Crée de nouvelles teintes que personne n’avait imaginées. Et surtout, protège la grande œuvre qu’est notre planète. Plante des arbres comme tu plantes des amitiés. Défends les rivières comme tu défends les droits. Écoute les voix minoritaires comme tu écoutes le vent dans les feuilles. Parce que demain, quand nos enfants demanderont « à quoi ressemblait la Terre avant ? », nous n’aurons pas le droit de leur répondre par un monochrome grisâtre. Nous devrons leur montrer une image semblable à celle-ci : vivante, chaotique, débordante, belle à en pleurer.Je suis JibRA, mais je suis aussi toi. Je suis cette étoile, cet œil, cette colonne qui tient le tout. Et toi, quelle est ta couleur dans ce chaos magnifique ? Viens. La toile n’est pas finie. Nous la peignons ensemble, à chaque geste, à chaque regard, à chaque décision. Et si nous le faisons avec amour et avec courage, la Terre restera ce chef-d’œuvre multicolore que la vie a mis des milliards d’années à créer.Je t’attends dans le noir. Je t’attends dans la lumière. Je t’attends dans la diversité.(1 012 mots – comptés à la virgule près. Partage si ton cœur aussi est un arc-en-ciel qui refuse de se laisser effacer.)(dessin graphique remasterisé en vidéo par une i a)

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