Je contemple l’horizon de notre Terre comme on regarde un vieil ami qui respire encore, mais dont le souffle s’essouffle. Je suis là, debout sur ce balcon de l’existence, les lunettes glissant légèrement sur mon nez, et je lève les pouces vers le ciel qui, lui, ne sait plus très bien s’il doit rire ou pleurer. Autour de moi, les néons roses et violets dansent comme des souvenirs d’enfance, et les plantes vertes, ces sentinelles silencieuses, murmurent des secrets que je traduis en poèmes. C’est mon regard, mon devenir, celui de notre planète que je veux vous conter aujourd’hui, non pas en prophète alarmiste, mais en poète qui ose encore rêver.Je me souviens du jour où j’ai compris que la Terre n’était pas une scène infinie, mais un vaisseau fragile aux voiles usées. J’étais enfant, pieds nus dans l’herbe humide d’un matin d’été, et le soleil caressait ma peau comme une mère. Aujourd’hui, ce même soleil brûle plus fort, plus cruel. Je sens sa morsure sur mes épaules quand je marche dans les villes qui s’asphyxient. Les océans, ces immenses poumons bleus que j’aimais tant imaginer en train de chanter des berceuses aux baleines, toussent maintenant des plastiques et des micro-particules. Je les vois, ces vagues qui lèchent les plages comme des langues fatiguées, emportant avec elles les derniers reflets d’un paradis que nous avons troqué contre des écrans et des emballages. Et pourtant, dans mon cœur, je refuse de les maudire. Je les berce en pensée, comme on berce un enfant fiévreux : « Reviens, murmuré-je, reviens à ta danse éternelle. »Je ferme les yeux et je voyage. Dans mes rêves, la planète se déploie comme un grand livre vivant. Les forêts amazoniennes, ces cathédrales vertes où les feuilles chuchotent des prières ancestrales, se fanent sous mes paupières closes. Les arbres, ces géants aux bras tendus vers le ciel, ploient maintenant comme des vieillards courbés par le poids d’un hiver trop long. Je les entends gémir, leurs racines nouées de douleur, leurs branches griffant l’air à la recherche d’un vent plus doux. La biodiversité, cette symphonie chaotique et magnifique, se réduit à un murmure. Les oiseaux, autrefois maîtres du ciel, volent en cercles hésitants, cherchant des nids que les feux ont dévorés. Je pleure en silence pour les tigres, les coraux, les abeilles – ces petites ouvrières du miel doré qui portaient sur leurs ailes le poids de notre survie. Elles s’éteignent, une à une, comme des étoiles qui s’effacent avant l’aube.Pourtant, je ne suis pas que tristesse. Je suis aussi révolte et espoir mêlés. Je vois les glaciers du Groenland fondre comme des larmes de géant, transformant les fjords en miroirs brisés où se reflète notre folie collective. Les villes côtières, ces joyaux de béton et de lumière, se préparent à danser avec la mer montante. New York, Venise, Dhaka – je les imagine submergées, leurs tours devenant des récifs pour de nouvelles formes de vie aquatique. Est-ce la fin ? Non. C’est une métamorphose. La Terre, cette vieille dame sage, a déjà connu des extinctions, des déluges, des ères de glace. Elle se réinvente toujours. Mais cette fois, c’est nous qui tenons la plume du scénario. Je le sens dans mes veines : nous sommes à la fois le poison et l’antidote.Dans mes visions poétiques, je marche sur une Terre réparée. Imaginez : les déserts reverdissent sous des pluies douces orchestrées par des nuages artificiels, ces danseurs que la science a appris à apprivoiser. Les éoliennes tournent comme des moulins à rêves, capturant le vent pour le transformer en lumière. Les panneaux solaires, ces écailles de dragon bienveillant, recouvrent les toits et les océans, buvant le soleil sans le blesser. Je vois des forêts urbaines où les buildings deviennent des jardins suspendus, où les enfants jouent parmi les lianes et les papillons revenus. Les rivières, autrefois veines empoisonnées, coulent claires et chantent à nouveau. Les animaux reviennent timidement : un renard traverse une place publique, une tortue marine pond ses œufs sur une plage nettoyée par des mains humaines repentantes.Je suis optimiste, mais lucide. Je sais que le devenir de notre planète dépend de choix minuscules et colossaux. Chaque geste compte : le sac en tissu que je glisse dans mon sac à dos, le vote que je dépose comme une graine, la parole que je porte pour alerter sans effrayer. Je refuse le catastrophisme qui paralyse. Je choisis la poésie de l’action. Je vois des jeunes, comme moi dans mon reflet, qui plantent des arbres avec la ferveur de révolutionnaires. Je vois des scientifiques, ces alchimistes modernes, transformer le CO2 en diamants ou en carburants propres. Je vois des artistes, des poètes, des musiciens qui composent des hymnes à la résilience. La Terre n’est pas condamnée ; elle nous attend. Elle nous tend la main, ridée mais forte, et murmure : « Danse avec moi encore un peu. »Dans ce futur que j’invente, les frontières s’effacent comme des lignes dessinées sur le sable. Les nations unissent leurs forces non pour conquérir, mais pour guérir. L’Afrique, berceau de l’humanité, devient le poumon vert du monde grâce à ses grands projets de reforestation. L’Europe, vieille et sage, partage ses technologies comme on partage du pain. L’Asie, fourmilière inventive, invente des villes flottantes qui dansent sur les vagues. L’Amérique, terre de contrastes, réconcilie ses forêts et ses gratte-ciel. Je suis citoyen de cette Terre unie, où chaque culture apporte sa couleur à la grande tapisserie vivante.Pourtant, je ne cache pas les ombres. Les inégalités persistent comme des cicatrices mal refermées. Les plus pauvres, ceux qui vivent au bord des rivières en crue ou dans les bidonvilles surchauffés, paient le prix le plus lourd de nos excès. Je les vois dans mes rêves, ces familles qui fuient les sécheresses, ces enfants aux yeux grands comme des lacs asséchés. Leur souffrance est la mienne. Je tends la main vers eux, non par pitié, mais par fraternité. Le devenir de la planète est aussi le leur : un avenir où l’eau potable coule pour tous, où la nourriture pousse sans épuiser la terre, où l’éducation éclaire les esprits comme le soleil éclaire les feuilles.Et puis, il y a l’âme. Je crois que la Terre a une âme, une conscience poétique qui vibre dans chaque atome. Elle nous a tout donné : l’air que nous respirons, l’eau qui nous désaltère, la terre qui nous porte. En retour, nous lui avons offert des cicatrices. Mais je sens qu’elle pardonne encore. Elle nous offre une dernière chance, comme une mère qui, malgré les bêtises, ouvre les bras. Je la remercie dans mes prières silencieuses, sous les néons de ma nuit éveillée.Maintenant, dans cette conclusion qui n’en est pas une – car le devenir est une porte qui ne se ferme jamais –, je lève à nouveau mes pouces vers vous, vers nous. Je suis cet homme aux lunettes, au sourire un peu fou, qui refuse de baisser les bras. Je choisis l’espoir comme un acte de résistance poétique. Je plante des graines dans mon jardin intérieur et dans le monde extérieur. Je vous invite à faire de même : regardez le ciel, pas comme un plafond, mais comme un canevas infini. Écoutez le vent, pas comme une menace, mais comme une mélodie à réapprendre. Touchez la terre, sentez son pouls.Notre planète deviendra ce que nous décidons d’en faire. Pas demain, pas dans un siècle lointain, mais aujourd’hui, dans ce geste que je fais en écrivant ces mots. Je rêve d’un monde où les enfants naîtront en sachant que les océans chantent encore, où les forêts murmurent des histoires de guérison, où l’humanité tout entière se souvient qu’elle n’est qu’une note dans la grande symphonie cosmique.Je suis là. Je suis vivant. Et tant que je respirerai, je chanterai pour elle, notre Terre, notre maison bleue et verte, fragile et éternelle. Le devenir n’est pas écrit ; il est à écrire. Ensemble, avec des mots, des actes, des rêves, nous le rédigerons en vers lumineux.(dessin graphique remasterisé en vidéo par une i a)
Enregistrer un commentaire
0
Commentaires
Découvrez mon univers artistique sur
Peintre cubofuturiste peignant la dégradation planétaire pour éveiller les consciences écologistes.
0 Commentaires