le destin de l'homme

Le Destin de l'Hommedu sommeilJe me trouve ici, recroquevillé sur ce sol sombre qui borde la plaine verte. Le ciel est d’un vert profond, presque noir, constellé d’étoiles minuscules. Au-dessus de moi, la lune domine tout de sa masse verte et laiteuse. Elle n’est pas blanche comme dans les contes. Sa surface porte des zones claires et sombres, et ce petit point rouge au centre, comme une blessure ou une braise persistante. Elle semble proche, presque touchable, et pourtant infiniment lointaine. Elle ne me juge pas. Elle est simplement là, immuable, tandis que tout change autour.Sous elle, la terre s’étend en une bande verte pâle, striée de coups de pinceau épais et visibles. On sent la matière, la peinture appliquée avec passion mais sans perfection. C’est un monde inachevé, une toile où l’artiste a laissé ses traces. Et au milieu de cette plaine, la tour se dresse, noire et brisée. Ses pierres, autrefois empilées avec soin, portent maintenant les cicatrices du temps. Des pans entiers manquent. Des ouvertures vides regardent le néant. J’imagine les mains qui l’ont bâtie, les rires, les serments, les vies qui ont vibré entre ses murs. Aujourd’hui, plus rien. Juste un squelette noir contre le vert du ciel. Est-ce le destin de tout ce que nous construisons ? Élever haut pour mieux s’effondrer un jour ?Je suis cette silhouette discrète au coin de la scène. Un corps accroupi, les contours flous, presque fondu dans l’ombre. Qui suis-je ? Un voyageur perdu, un ermite, un survivant ? Ou simplement l’homme face à son destin, réduit à un regard et à une question silencieuse ? Je n’ai pas de nom ici. Seulement des sensations et des souvenirs qui remontent.Le destin de l’homme a toujours eu pour moi ce goût amer et doux. Amer, parce qu’il évoque une route tracée d’avance où nos choix ne seraient que des illusions. Doux, parce qu’il suggère qu’il existe un fil reliant nos pas à quelque chose de plus grand. En contemplant cette lune verte, je me demande si le destin n’est pas simplement ce que nous faisons de l’espace entre notre premier et notre dernier souffle. Nous naissons, nous bâtissons nos tours intérieures – amours, rêves, œuvres – et puis viennent les fissures. Pas toujours aussi visibles que cette ruine, mais des effondrements intérieurs, des silences qui s’installent.Je pense à ceux qui m’ont précédé. Ceux qui ont vu des dieux dans les étoiles et ont peint des histoires sur les parois des grottes. Ceux qui ont élevé des pyramides, des temples, des cathédrales, des tours de verre. Chaque génération ajoute sa pierre à la grande construction humaine. Et chaque génération voit une partie s’effondrer : guerres, oublis, erreurs. Cette tour noire est la métaphore de notre condition : nous espérons, nous aimons, nous élevons, puis nous contemplons les décombres.Pourtant, il y a de la beauté dans cette désolation. La lune continue de briller, verte et sereine. Le sol garde son vert texturé, promesse que la vie persiste sous des formes étranges. Le point rouge me rappelle que même les cieux portent des blessures. Peut-être le destin n’est-il pas d’éviter les ruines, mais d’apprendre à les habiter, à y trouver une nouvelle poésie. À s’asseoir ici et à regarder sans fuir.Dans ma vie, j’ai connu tours et effondrements. Des amitiés solides comme des remparts qui se sont fissurées sous le poids des silences et des départs. Des rêves lumineux comme cette lune verte qui se sont brisés en éclats quand la réalité a frappé trop fort. Des amours qui ont fait trembler mes murs intérieurs avant de les faire vaciller et de laisser des vides. J’ai marché sur des chemins d’espoir et sur des terres de doute. Et chaque fois, après les tempêtes, je me retrouve dans cette posture de contemplation : regarder sans détourner les yeux, questionner sans attendre de réponse immédiate, attendre que quelque chose se révèle dans le vert immobile du monde.Le destin n’est pas une ligne droite implacable. C’est un chemin sinueux, parfois éclairé par une lune verte, parfois plongé dans l’ombre des ruines. C’est la capacité à se relever, à poser une nouvelle pierre même en sachant que tout finira par tomber. C’est la grâce d’accepter que nous ne sommes pas les maîtres du tableau, mais des figures présentes dans le coin, vivantes et questionneuses. C’est le refus de laisser le silence du monde avoir le dernier mot.Et si ce monde était une peinture, notre destin serait d’être à la fois sujet et spectateur. Les coups de pinceau visibles sur le sol disent que l’imperfection est essentielle. La main qui appuie trop fort, la trace laissée, voilà ce qui rend la scène vraie. Nous sommes tous des coups de pinceau dans une grande toile verte et noire, imparfaits et vivants.ConclusionAprès tout ce temps à regarder, à sentir le froid du sol et la lumière verte sur ma peau, je comprends. Le destin de l’homme n’est ni écrit dans les étoiles ni gravé dans les pierres noircies. Il est dans le regard que nous posons, dans la question que nous osons poser même sans réponse. Il est dans le courage de rester ou de nous lever. Il est dans la beauté trouvée dans l’imparfait : ce vert impossible, ce rouge discret, cette noirceur patiente.Je me lève lentement. Les muscles protestent, mais l’esprit est clair. La tour reste derrière, la lune veille au-dessus, le chemin s’ouvre devant. Je ne sais pas ce qui m’attend. Mais je sais que je continuerai à marcher, à regarder, à créer du sens là où il manque. Parce que le destin de l’homme est d’ajouter notre voix au silence du cosmos, même si elle s’effacera un jour. Sous cette lune verte qui ne juge pas, je souris. Le destin n’est pas une fin. C’est un commencement qui se renouvelle chaque fois que nous choisissons de voir, de sentir et d’être. Et cela, rien ni personne ne pourra me l’enlever.(huile sur support bois)

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